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En octobre 2018, un gamin de neuf ans débarque dans les pages tennis avec une phrase qui fait sourire : « Je joue des deux mains, j'ai donc deux coups droits. » Matisse Martin n'a alors pas de revers. Il change simplement sa raquette de main selon le côté, défiant toutes les conventions du tennis moderne. Huit ans plus tard, le Français de 17 ans a rangé cette singularité au placard. Gaucher, il frappe aujourd'hui un coup droit classique et un revers à deux mains — et les résultats commencent à pointer le bout de leur nez.
L'abandon d'une rareté technique
Jouer avec deux coups droits n'est pas qu'une excentricité : c'est un casse-tête biomécanique.
Jouer avec deux coups droits n'est pas qu'une excentricité : c'est un casse-tête biomécanique. Le changement de grip en cours d'échange, le replacement des appuis, l'ajustement de la tête de raquette exigent une coordination que même les plus grands n'ont jamais domptée durablement. Quelques joueurs ont flirté avec l'idée — l'Américain Brian Battistone et son service ambidextre, la Sud-Coréenne Han Na-lae et ses deux coups droits — mais aucun n'en a fait une arme viable au plus haut niveau.
Matisse Martin, lui, a tranché à l'adolescence. Encadré par les entraîneurs du Centre National d'Entraînement de la FFT, où il a été admis, il a choisi sa main gauche comme dominante et appris le revers à deux mains. Une reconstruction complète qui a impliqué des mois de défaites, de doutes et d'automatismes à rebâtir. Le processus a été documenté avec discrétion par la Fédération, qui suit ce profil atypique avec une attention particulière.
La transition n'a pas été qu'un défi technique. Apprendre un revers à deux mains à 13 ou 14 ans, quand la plupart des jeunes ont déjà des années de pratique dans les jambes, c'est accepter de perdre contre des adversaires qu'on battait avant. Martin a traversé des tournois difficiles, des défaites sèches, des moments où le vieux réflexe du changement de main refaisait surface en plein match. Mais il n'a jamais abandonné le processus, et ses éducateurs saluent aujourd'hui sa maturité.
Des résultats qui valident le pari
La saison 2026 marque une accélération concrète. Le jeune Martin a enchaîné les tournois ITF et s'est offert un test révélateur début juillet au M25 de Bastia-Lucciana, où il a croisé Laurent Lokoli. Le Corse, ancien 167e mondial, l'a emporté en deux sets, mais la simple présence du gamin dans ce tableau dit quelque chose de son ascension. Quelques mois plus tôt, il n'aurait sans doute pas passé les qualifications.
Son profil officiel sur le site de Roland-Garros atteste d'une progression régulière dans les classements juniors, et ses réseaux sociaux montrent un joueur concentré, discret, qui ne semble pas regretter d'avoir abandonné son double coup droit signature. Les vidéos d'entraînement laissent entrevoir un gaucher au jeu complet, capable de varier les zones et d'accélérer en coup droit comme en revers.
Cette progression ne doit rien au hasard. Le Centre National d'Entraînement, où Martin côtoie les meilleurs jeunes français, offre un environnement taillé pour polir les talents bruts. Travail physique quotidien, préparation mentale, analyse vidéo : tout est calibré pour transformer un potentiel en résultat. Le cas Martin intéresse d'ailleurs au-delà du sérail fédéral, car il illustre une tendance rare dans le tennis moderne : la reconstruction assumée.
La FFT mise sur la singularité
Dans un tennis français qui scrute chaque émergence après l'ère des Mousquetaires, le parcours de Matisse Martin intrigue. Peu de jeunes acceptent de tout déconstruire avant même d'avoir 18 ans. Cette capacité à identifier ses limites et à repartir de zéro, justement, pourrait être son plus grand atout.
La route vers le circuit ATP reste longue. Il lui faut accumuler les matches, franchir des paliers physiques, apprendre à gérer la pression des tournois professionnels. Mais à 17 ans, le garçon a déjà accompli ce que beaucoup de ses contemporains ne tenteront jamais : sacrifier ce qui le rendait unique pour devenir meilleur. Un choix de tête, pas de bras.
La FFT ne s'y trompe pas. Dans un système qui produit régulièrement des joueurs du top 100 mais peine à faire émerger une nouvelle tête de gondole depuis le départ des Tsonga, Monfils et consorts, chaque profil singulier est scruté avec espoir. Matisse Martin n'est encore qu'un nom sur une liste de promesses. Mais il a déjà prouvé qu'il savait prendre les décisions difficiles. Dans le tennis comme ailleurs, c'est souvent la première marche vers les sommets.
